Chaleur estivale : une hausse du risque de suicide chez les 15 – 24 ans

Par Destination Santé (en partenariat avec Corse Matin)

Source : Destination Santé

Destination Santé

Selon une nouvelle étude américaine, les périodes de fortes chaleurs durant l’été sont associées à une hausse du risque de suicide chez les jeunes, surtout chez les grands adolescents et jeunes adultes. Une notion à connaître pour une vigilance vis-à-vis des plus vulnérables.

La chaleur extrême ne se limite pas à des effets physiques, elle agit aussi sur le fonctionnement psychique. Si plusieurs recherches avaient déjà montré un lien entre températures élevées et augmentation des troubles mentaux, notamment le suicide, on n’avait aucune certitude dans la tranche d’âge des plus jeunes. Un sujet qu’a voulu explorer le Dr Pranav Jayaraman (Paul L. Foster School of Medicine à El Paso, Texas) et qu’il publie avec son équipe dans l’American Journal of Psychiatry (AJP).

L’étude repose sur une approche à l’échelle nationale (48 États américains et Washington D.C auprès des Centers for Disease Control and Prevention et du bureau du recensement des États-Unis), sur une période de 25 ans (1980 - 2004). Les chercheurs ont comparé les températures moyennes mensuelles avec les taux de suicide chez les jeunes. Sur la période étudiée, 97 401 suicides ont été recensés chez les 5 - 24 ans. Les personnes de sexe masculin représentaient 83,3 % des cas. Le taux global s’élève à 0,496 cas pour 100 000 habitants.

+ 1 °C l’été = + 2,97 % du risque de suicide chez les 15-24 ans

L’analyse des données montre qu’une augmentation d’un degré Celsius de la température moyenne mensuelle sur l’année est associée à une hausse globale de 0,75 % du risque de suicide dans cette population. Mais cette relation apparaît uniquement durant l’été. Pendant cette période, chaque degré supplémentaire correspond à une augmentation du risque, exclusivement chez les 15-24 ans, avec une hausse proche de 3 % (2,97 % exactement). Cette association a été observée dans la plupart des régions géographiques, sans différence sociodémographique

En résumé, le lien entre chaleur et suicide existe surtout en été, avec un effet plus de trois fois supérieur à la moyenne annuelle, et concerne principalement les 15-24 ans. Selon les chercheurs, il s’agit de la première étude de grande ampleur mettant en évidence un lien entre la température ambiante et le suicide chez les jeunes.

Creuser les liens de causalité et les mécanismes

« La chaleur estivale est associée à des taux de suicide plus élevés chez les adolescents et les jeunes adultes, qui semblent être les plus à risque. Cette association reflète probablement les conditions neurobiologiques et socio-environnementales des jeunes, qui amplifient les risques pour la santé mentale liés à la chaleur, » écrivent les auteurs de l’étude. Ils ajoutent : « la protection de la santé mentale des jeunes repose à la fois sur l’amélioration des connaissances scientifiques et sur un engagement biosocial avec des actions structurelles (accès à la climatisation, évolution de l’urbanisme, politiques de santé mentale intégrant les effets du climat). »

La chaleur extrême agit à plusieurs niveaux et influence directement l’équilibre psychique, décrivait la Dre Marine Akkaoui, psychiatre et médecin coordinatrice du dispositif VigilanS Paris-Seine-Saint-Denis (hôpital Bichat-Claude Bernard, Paris), fin juin 2026. Elle a participé à l’étude intitulée « Heatwaves and mental disorders: A study on national emergency and weather services data » qui met en évidence les liens entre les températures extrêmes et le recours aux services d’urgence pour des troubles psychiatriques.

Sur le plan physiologique, explique la spécialiste, les fortes chaleurs perturbent la thermorégulation, altèrent le sommeil et favorisent la déshydratation, des facteurs qui affectent le fonctionnement neuropsychique. La privation de sommeil réduit les capacités de régulation émotionnelle, avec plus d’irritabilité, d’anxiété et de troubles de l’humeur. Sur le plan psychologique, poursuit-elle, la chaleur extrême intensifie le stress, aggrave les symptômes de troubles psychiatriques déjà présents et diminue les capacités d’adaptation, surtout chez les personnes les plus fragiles. Des mécanismes neurobiologiques interviennent : la chaleur influence le système sérotoninergique, impliqué dans la régulation de l’humeur et des comportements impulsifs, ce qui peut contribuer à une augmentation du risque suicidaire.

Source : Pranav Jayaraman et al. Deadly Heat: The Association Between Ambient Temperature and Suicide in Young People in the United States. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.20250096; Thompson R, Lawrance EL, Roberts LF, et al: Ambient temperature and mental health: a systematic review and meta-analysis. Lancet Planet Health 2023; 7:e580–e589 ; Nausicaa Christodoulou et al. Eatwaves and mental disorders: A study on national emergency and weather services data

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